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théâtre

Hauts de France en Avignon : spectacles voyageurs

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En 2024, la région Hauts-de-France renouvelle son dispositif d'accompagnement et permet cette année à 10 compagnies régionales de faire la transhumance estivale vers la cité des papes.

 

Né à l'époque de la région Nord-Pas de Calais, le principe du soutien à des compagnies régionales dans le cadre d'une présence avignonnaise à l'occasion du festival s'est prolongé avec l'agrandissement des régions en 2016 en s'ouvrant à tous les départements du territoire. L'édition 2024 permet donc à 10 compagnies (sur la cinquantaine de candidates) de faire le voyage sur un accompagnement budgétaire qui vient compléter l'engagement de chaque compagnie. Le périple vers le sud constitue pour chacune un investissement financier conséquent, et parfois risqué, que le soutien de la Région vient alléger, tout en permettant aussi aux spectacles accompagnés de bénéficier d'une visibilité accrue.

Parmi les compagnies accompagnées cette année, 5 le sont pour la première fois. La Baraque Liberté propose avec Roméo et Juliette avec distance une réinvention du texte shakespearien à l'ère post-covid. Sur la troupe censée jouer le spectacle seuls deux comédiens n'ont pas été empêchés par les crises diverses. Ensemble, le duo de clowns redonne vie à la pièce entre invention et improvisation. Nabil Ouelhadj et la cie Racines Carrées emportent leurs danseurs-acrobates (et un trampoline) pour Ça déménage ! Joyeuse rencontre entre la danse hip-hop et un étrange agrès propice à une danse dynamique et généreuse.

Danseur également, Lionel Bègue bricole une fratrie-quatuor propice à l'exploration des territoires d'enfance pour construire sa Cabane et interroger la rencontre entre le collectif et l'individuel, le besoin d'affirmation personnel et celui d'appartenir à un groupe. Pour Ce qu'il faut dire, la Cie Empreintes puise dans la parole de Léonora Miano pour construire un objet scénique, politique et poétique entre théâtre et concert et interroger avec force la mémoire coloniale et ses échos sur la construction des identités : « Où réside la paix, quand les héros des un sont les bourreaux des autres ? ». Politique également le travail d'Hugues Duchêne et de la Cie Royal Velours qui (après avoir exploré les premières années Macron dans Je m'en vais mais l'état demeure) signe un solo qui voit un comédien (Maxime Pambet) retracer la nuit du 4 août 1789 qui a signé le vote de L'abolition des privilèges par les États généraux.

 

Avec Bébé, son premier solo, la danseuse Julie Botet creuse la question centrale mais souvent enfouie, du devenir des morts et explore entre fraises et fleurs le rapport infini qu'entretiennent la vie et la mort. Collectif actif depuis près d'un quart de siècle, Superamas donne la parole à Pauline Paolini et à son récit de la mort de sa sœur jumelle sous l'influence du Dr Kurtz et de ses médecines alternatives teintées de manipulations sectaristes. Enquête-interview puissante, Bunker force l'urgente réflexion sur les dérives contemporaines des vérités alternatives qui vont de pair avec la manipulation de masse. Dans La tour de Pise, la Cie les gOsses pousse un personnage de femme à la réflexion. Coincée sur un templin-plongeoir, en s'interrogeant sur l'obligation de sauter elle remonte le fil de sa vie en déconstruisant progressivement ce qui la constituait jusque-là.

Original, ouvert et audacieux, En forme ! En LSF -langue des signes française- donne à voir des comptines célèbres illustrées de formes géométriques, accompagnées de couleurs puis portées par la langue des signes pour transmettre émotion et partage à tous les publics dès le plus jeune âge. Sur le sujet double de la sortie de l'adolescence et de l'urgence écologique, Alerte Blaireau dégâts de la Cie dans l'arbre met également en scène le rapport de la jeunesse aux réseaux sociaux et aux écrans (comme dans Like me, spectacle précédent) en mettant en regard les engagements virtuels et réels. Dans un monologue, Gabin, jeune youtubeur (pseudo Blaireau dégâts) tente de mobiliser contre l'abattage de la forêt de son enfance. Ou comment, depuis les planches, parler à la jeunesse.

 

Indispensable, le dispositif régional accompagne aussi 200 lycéens qui viennent découvrir le festival (et souvent le spectacle vivant) dans une immersion forte pour ouvrir largement les horizons culturels. Si à l'automne les Rencontres du spectacle vivant tente de donner une visibilité régionale à ceux qui font vivre les plateaux, l'été régional reste bien vide de propositions en la matière. Et si la région, en plus d'amener des artistes en Avignon, proposait à ceux qui restent de jouer pour des habitants qui ne partent pas au soleil ? Quinze jours d'un festival régional itinérant de spectacle vivant en été pour permettre de rendre visible la diversité des créations locales qui n'ont pas les moyens de faire le voyage avignonnais (ou l'ont fait les années précédentes), animer l'été et créer échanges, rencontres et débats. Disparue des débats politiques, la culture demeure un instrument de lien sans égal, il serait bon de ne pas l'oublier.

Publié le 25/06/2024 Auteur : Guillaume B.

Hauts-de-France en Avignon. Du 29 juin au 21 juillet à Avignon. Infos et programme sur spectacle-vivant.hautsdefrance.com