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expos

Fascinantes profondeurs

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De longue date, le ventre de la terre, entre espace mythique souvent craint et territoire physique fascinant, nourrit Mondes souterrains, la nouvelle exposition pleine d'ambivalences ce printemps au Louvre-Lens.

À la fois refuges et antres craints ouvrant sur des espaces inconnus, les « mondes souterrains » dont s'empare les trois commissaires de l'exposition (Alexandre Estaquet-Legrand, Jean-Jacques Terrin et Gautier Verbeke) accompagnent l'histoire humaine depuis ses débuts. En préférant un parcours thématique (de la descente vers les profondeurs au retour vers la lumière), l'équipe déploie de fait un regard transversal qui balaie les époques et les cultures dans un cheminement qui investit l'espace d'exposition temporaire de manière originale en proposant de le parcourir à rebours. Conduit par la Sibylle, l'exploration est d'abord sensible : gouffres, puits et obscurités envahissent les cimaises pour dire la crainte nourrie de mystère que nourrit cette plongée. Courbet, Mucha et surtout John Martin et Isaacz Van Swanenburgh dépeignent des paysages sinistres bientôt envahis par les habitants des mythiques enfers avant que le cheminement n'explore l'effroi causé par les sous-sols. De l'inhumation aux tranchées, de l'enlèvement de Perséphone au royaume des morts et à ses singuliers habitants, le parcours, dans les pas de l'inévitable Dante, déploie ensuite les croyances liées aux tréfonds dans les mythologies du monde entier entre figure maya et démons asiatiques. Disséquant les mythes de la caverne platonicienne (illustrée par Huang Yong Ping) en passant par les déclinaisons cinématographiques et littéraires (du voyage vernien à la plongée d'Alice et jusqu'au naturalisme de Zola), le crochet par l'histoire minière, incontournable, reste restreint. Les commissaires préfèrent ouvrir une fenêtre sur les richesses du sous-sol bientôt vu comme un eldorado riche de ressources tangibles (minéraux rares et fluides exploités comme source d'énergie), comme de paysages enchanteurs (des grottes disparues de Bernard de Palissy jusqu'aux utopies architecturales). Chacune des sept étapes donne à voir un large éventail d'oeuvres antiques (sarcophage égyptien) ou bien plus récentes (le Metropolis de Fritz Lang, la Déméter de Jean Arp et jusqu'à l'univers du métro), composant un paysage souterrain protéiforme, complexe et riche qu'une scénographie complétant intelligemment le propos du parcours sur la dualité des profondeurs accompagne parfaitement.

Publié le 02/04/2024 Auteur : Guillaume B.

Mondes souterrains, 20 000 lieues sous les terres. Jusqu'au 22 juillet au Louvre-Lens, rue Paul Bert à Lens. louvrelens.fr